Net-campagne : les partis politiques se trompent-ils de cibles ?

On nous l’annonçait depuis des mois : la campagne électorale de 2012 se jouerait sur le web et surtout le 2.0 (comme Barak) ! A 10 jours du premier tour on confirme : la net-campagne a bien eu lieu. Ok,  mais à quoi sert-elle vraiment ? A voir les stratégies des partis et les vagues de contenus submergeant sites web et réseaux sociaux j’ai une impression étrange. Les partis se serraient-ils trompés de cibles (in)volontairement ?

Je préviens, cet article sera un peu caricatural, parfois réducteur et très subjectif.

 

La parodie politique : une arme de persuasion fictive

Des vidéos et montages photos parodiques sortent tous les jours. Certains partis et mouvements de jeunesse politique ont des staffs dédiés à ces productions qui sont ensuite diffusées à travers les réseaux sociaux. Les plus réussies, donc les plus drôles, profitent à fond du phénomène de viralité. Mais le constat est sans appel : la plupart de ces vidéos restent à des niveaux d’audience très bas et plafonnent à quelques milliers de vues.

Ces contenus parodiques sont confrontés à une réalité assez simple : chaque camp regarde uniquement les parodies visant le candidat d’en face. Cela limite de fait l’audience potentielle et ne permet de toucher que marginalement les fameux indécis. Le baromètre des usages sociaux et politiques du web réalisé par TNS-Sofres montrait en 2010 que l’activité politique sur le web est limitée à une toute petite partie de la population, déjà très engagée. Ces vidéos et montages, qui ont en apparence l’ambition de décrédibiliser l’adversaire aux yeux du grand public, ont finalement le seul, mais néanmoins important, mérite de motiver et amuser les sympathisants déjà acquis à cette cause.

La net-campagne des partis politiques est donc tournée vers leur propre camp, et non vers le grand public. L’objectif semble finalement de stimuler ses troupes, de renforcer le sentiment d’appartenance. Cela se fait en moquant le camp adverse mais également en diffusant des vidéos qui feraient s’enflammer un glaçon (genre celle d’Hollande en banlieue sur fond de Kanye West). Le partage de photos et vidéos des coulisses de la campagne n’est pas nouveau mais contribue également à cette dynamique interne.

 

Une mobilisation sur le web encore loin de l’Obamamania

Avant ces élections de 2012, la lubie de tous les partis étaient de faire du Barak Obama. Beaucoup avaient même envoyé des observateurs aux States pour s’imprégner de la formule magique qui avaient permis de lever des millions de dollars et des milliers d’américains. Force est de constater qu’aujourd’hui la net-campagne française est loin, très loin, de cet élan. Question de méthode peut-être, de culture sans aucun doute.

Sur le web, on en reste essentiellement à des débats d’idées ou des affrontement par sites interposés à grands coups d’articles, vidéos et infographies. On tape sur le bilan de l’un, on attaque le projet de l’autre on ressortant un chiffre, un constat, une mesure. Bref: une bonne vieille campagne à l’ancienne qui a du mal à faire sortir du cercle des sympathisants.

 

 

Une campagne à la Obama, c’est se servir du web pour mobiliser dans la vie réelle. Ça, à ma connaissance, il n’y a que le Parti Socialiste qui a vraiment tenté l’expérience. Sa plateforme de base est le site toushollande.fr qui a pour but de former, outiller et organiser toutes les personnes souhaitant s’engager aux côtés du candidat. La démarche est innovante pour la France mais à indéniablement eu des effets bien moindre que chez les américains. Les dons ne semblent pas affluer en aussi grand nombre, en tout cas pour les « petits » dons de particuliers. L’opération « 5 millions de portes » semble bien fonctionner puisque le parti revendique déjà plus de 2 millions de portes frappées. Mais il serait  intéressant de connaitre la part de militants engagés par l’intermédiaire du site. Enfin toute une série d’argumentaires sont proposés, classés par grands thèmes de la campagne afin de d’expliquer et défendre les propositions du candidat. Dommage que ceux-ci soient un peu trop cachés, ils me semblent pourtant une arme capitale pour les sympathisants.

 

Une reproduction des campagnes traditionnelles « IRL »

On s’aperçoit donc que tous n’est pas clair dans cette net-campagne où la profusion de contenus diffusés chaque jour donne l’impression que le seul objectif de chaque camp est d’occuper le terrain, qui est souvent son propre terrain. Nous sommes loin d’une campagne virtuelle permettant d’aller chercher les électeurs indécis. Je pense même que dans une certaine mesure la moquerie facile et la critique permanente des autres candidats peuvent être contre-productives sur le web.

Cette stratégie, volontaire ou non, des partis politiques confirme qu’en 2012 on fait encore campagne sur le web comme on a toujours fait campagne dans la vraie vie : on publie des vidéos comme on collerait des affiches, on spamme comme on tracterait… L’essentiel étant d’en faire toujours plus que l’autre.

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1 commentaire sur "Net-campagne : les partis politiques se trompent-ils de cibles ?"

Enuttonvaneit dit:

03 juin 2012

tres interessant, merci

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